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André Chénier, "Iambes" : commentaire

André Chénier, Iambes : commentaire
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Résumé

IntroductionI) Chénier a une peur effroyable de la mort, mais il sait que l'avenir le destine à un sort fatal, inévitableII) Un lyrisme ardent, inspiré de l'AntiquitéIII) Le poète se découvre une nouvelle mission : la vengeance et le témoignagePoème étudiéIambesComme un dernier rayon, comme un dernier zéphyrAniment la fin d'un beau jourAu pied de l'échafaud j'essaye encor ma lyre.Peut-être est-ce bientôt mon tour.Peut-être avant que l'heure en cercle promenéeAit posé sur l'émail brillant,Dans les soixante pas où sa route est bornée,Son pied sonore et vigilant ;Le sommeil du tombeau pressera ma paupière.Avant que de ses deux moitiésCes vers que je commence ait atteint la dernière.Peut-être en ces murs effrayésLe messager de mort, noir recruteur des ombres,Escorté d'infâmes soldats,Ébranlant de mon nom ces longs corridors sombres,Ou seul dans la foule à grands pasJ'erre, aiguisant ces dards persécuteurs du crime,Du juste trop faibles soutiens,Sur mes lèvres soudain va suspendre la rime ;Et chargeant mes bras de liens,Me traîner, amassant en foule à mon passageMes tristes compagnons reclus,Qui connaissaient avant tous l'affreux message,Mais qui ne me connaissent plus.Eh bien! J'ai trop vécu. Quelle franchise auguste.De mâle constance et d'honneur.Quels exemples sacrés, doux à l'âme du juste,Pour lui quelle ombre de bonheur,Quelle Thémis terrible aux têtes criminelles,Quels pleurs d'une noble pitié,Des antiques bienfaits quels souvenirs fidèles,Quels beaux échanges d'amitié,Font digne de regrets l'habitacle des hommes ?La peur fugitive est leur Dieu,La bassesse, la feinte. Ah ! Lâches que nous sommesTous, oui, tous. Adieu, terre, adieu.Vienne, vienne la mort ! Que la mort me délivre !Ainsi donc à mon coeur abattuCède aux poids de ses maux ? Non, non. Puisse-je vivre !Ma vie importe à la vertu.Car l'honnête homme enfin, victime de l'outrage,Dans les cachots, près du cercueil,Relève plus altier son front et son langage,Brillants d'un généreux orgueil.S'il est écrit aux cieux que jamais une épéeN'étincellera dans mes mains ;Dans l'encre et l'amertume une autre arme trempéePeut encor servir les humains.Justice. Vérité, si ma main, si ma bouche,Si mes pensées les plus secretsNe froncèrent jamais votre sourcil farouche,Et si les infâmes progrès,Si la risée atroce, ou, plus atroce injure,L'encens de hideux scélératsOnt pénétré vos coeurs d'une longue blessure ;Sauvez-moi. Conservez un brasQui lance votre foudre, un amant qui vous venge.Mourir sans vider mon carquoisSans percer, sans fouler, sans pétrir dans leur fangeCes bourreaux barbouilleurs de lois !Ces vers cadavéreux de la France asservie,Égorgée ! O mon cher trésor,O ma plume ! Fiel, bile, horreur. Dieux de ma vie!Par vous seul je respire encor :Comme la poix brûlante, agitée en ses veinesRessuscite un flambeau mourant,Je souffre ; mais je vis. Par vous, loin de mes peines,D'espérance un vaste torrentMe transporte. sans vous, comme un poison livide,L'invisible dent du chagrin,Mes amis opprimés, du menteur homicideLes succès, le sceptre d'airain ;Des bons proscrits par lui la mort ou la ruine,L'opprobre de subir sa loi,Tout eut tari ma vie ; ou, contre ma poitrineDirigé mon poignard. Mais quoi !Nul ne resterait donc pour attendrir l'histoireSur tant de justes massacres.Pour consoler leurs fils, leurs veuves, leur mémoire,Pour que des brigands abhorrésFrémissent aux portraits noirs de leur ressemblance ?Pour descendre jusqu'aux enfersNouer le triple fouet, le fouet de la vengeance,Déjà levé sur ces pervers ?Pour cracher leurs noms, pour chanter leur supplice ?Allons, étouffe tes clameurs ;Souffre, o coeur gros de haine, affamé de justice ;Toi, Vertu, pleure, si je meurs.

En 1789, la Révolution Française éclate, et avec elle, la multiplication des condamnations à mort d'un grand nombre d'intellectuels tels que Lavoisier ou Condorcet et parmi eux, un jeune poète inconnu qu'une mort tragique fait entrer dans la légende : André Chénier... Partisan d'une monarchie constitutionnelle, le journaliste et polémiste Chénier est opposé à toute idée de violence. En 1790, il attaque violemment les Jacobins dans des articles comme "L'Avis au peuple français sur ses véritables ennemis" et dénonce l'alliance des « démagogues » et des « prolétaires ». Il n'hésite pas à s'en prendre à Robespierre, pourtant très redouté à l'époque. Menacé, il entre dans la clandestinité et croit pouvoir se retirer en paix à Versailles en 1793. Arrêté au hasard d'une rafle le 7 mars 1794, il est écroué par « mesure de sûreté générale » à la maison d'arrêt de Saint-Lazare et ne peut être libéré. L'acte d'accusation le confond avec son frère Sauveur détenu à la Conciergerie, qui lui, est délivré. André Chénier est alors condamné comme « ennemi du peuple » et exécuté le 25 juillet (7 Therminor An II) à la barrière de Vincennes, deux jours avant la chute de Robespierre. « Vers âpres et guerriers », Chénier caractérise ainsi les Iambes écrits en prison, quelques jours avant son exécution, et en fait, ce ton domine partout dans le texte. C'est sa situation à lui, d'homme ou d'écrivain, qui sert de point de départ à sa composition et déclenche le mouvement créateur, toujours le cadre unique d'un monde de cauchemars. Pourtant, malgré la peur de la mort, exprimé au travers d'un lyrisme passionné, le poète découvre dans la poésie un recours efficace contre l'angoisse et son pouvoir de dénonciation et de témoignage inaltérable (...)

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