Exemples de sujets de dissertation en Philosophie sur la liberté

Sur quels sujets peut-on tomber lors d'une dissertation de Philosophie sur la notion de liberté ? Pour chaque exemple, nous détaillerons les grandes parties et indiquerons les oeuvres à étudier.

Dissertation en Philosophie sur la liberté

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Sujet 1 - L'homme est-il condamné à être libre ?
Sujet 2 - « La liberté est le bien suprême pour ceux-là seuls qu'anime la volonté d'être hérétiques »
Sujet 3 - La liberté et le libre arbitre
Sujet 4 - Existe-t-il vraiment une liberté sans contrainte ?
Sujet 5 - Liberté politique et politique de liberté
Sujet 6 - La liberté est-elle toujours publique ?
Sujet 7 - La liberté peut-elle être une méthode ?
Sujet 8 - Liberté ou sécurité ?
Sujet 9 - Esthétique de la liberté
Sujet 10 - La liberté religieuse

Sujet 1 - L'homme est-il condamné à être libre ?

I - Sujet sartrien par excellence (« L'homme est condamné à être libre » écrit Sartre dans L'Être et le Néant, repris dans son Existentialisme est un humanisme), la racine de la réflexion est à glaner du côté de l'école de pensée existentialiste. Cependant, elle peut se rattacher principalement à une doctrine de la foi élaborée par le discours thomiste au sein de la scolastique, mais aussi dans les conflits entre les écoles catholique et protestante au XVIe siècle.

II - Le premier temps du devoir pourrait s'attacher à explorer la genèse de l'idée de liberté dans la doctrine chrétienne : « Si donc le Fils vous rend libres, vous serez réellement libres » (Jean : 8.36) (Thomas d'Aquin, Leibniz, Descartes). Le second temps du devoir inciterait à se pencher sur les implications métaphysiques dans les postures psychologiques (Kierkegaard) et politiques (Camus, Sartre) des individus confrontés au vertige de cette terrible et unilatérale présence qu'est la liberté.

Kierkegaard, Soren. Ou bien… ou bien (1843)
Sartre, Jean-Paul.
L'Être et le néant (1943)
Camus, Albert.
Le Mythe de Sisyphe (1942)
Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique (1273)
Leibniz, G. W. Discours de métaphysique (1686)
Descartes, René. Méditations métaphysiques (1641)


Sujet 2 - « La liberté est le bien suprême pour ceux-là seuls qu'anime la volonté d'être hérétiques »

I - Abscons en apparence, ce sujet offre en réalité une variété d'applications extrêmement large. Elle est tirée de l'ouvrage Syllogismes de l'amertume (1952) du penseur roumain Emil Cioran. La liberté peut être pensée aussi bien d'un point de vue morale (notions de « bien suprême » et d'hérésie) que métaphysique (notion de « volonté »). Cioran, confronté individuellement à l'angoisse permanente d'être né (il écrit un De l'inconvénient d'être né, 1973) n'aura de cesse de confronter ses aphorismes à l'éthique de vie qu'il « traîne » tout au long de son existence. Pessimiste invétéré, le philosophe invite à considérer le fait que la liberté ne serait qu'exclusivement recherchée, en tant que bien suprême, que par ceux animés d'une puissance singulière (volonté de puissance nietzschéenne, mais aussi volonté « totale » de Schopenhauer) : la volonté d'un « pas de côté » (épochè en grec). La liberté, paradoxalement, serait donc un « bien » pour les « hérétiques ».

II - Le premier temps du devoir pourrait être consacré à la portée purement morale qu'implique le schisme entre « bien suprême » d'un côté et « volonté d'être hérétiques » de l'autre : il doit être l'occasion d'examiner l'apparent oxymore que constitue cette proposition et d'en déduire une approche métaphysique en réfléchissant aux axiomes de ces deux notions : l'hérétique, même en devenir, est-il un être libre en puissance (Thomas d'Aquin, Leibniz, Spinoza) ? Le second temps du devoir se bornera à détailler les conséquences éthiques que suscite cette acception de la liberté dans le champ politique, de la « vie de la cité » ; dans son organisation sociale. La liberté n'est-elle pas toujours l'occasion d'être l'hérétique de la religion, de la doxa de son temps ? (Cioran, Sartre, Foucault).

Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique (1273)
Leibniz, G. W. Discours de métaphysique (1686)
Spinoza, Baruch. Traité théologico-politique (1670)
Cioran, Emil. Syllogismes de l'amertume (1973)
Sartre, Jean-Paul. L'Existentialisme est un humanisme (1946)
Foucault, Michel. Surveiller et punir (1975)


Sujet 3 - La liberté et le libre arbitre

I - L'idéologie doxique associe très souvent liberté et libre arbitre. Pour autant, dans la tradition philosophique et métaphysique, les deux concepts ont fait l'objet d'une dissociation constante, en particulier dans la sphère théologique. Le sujet invite à penser les liens (« et ») qui peuvent exister entre liberté et libre arbitre, mais également la distinction entre ces deux notions qui ne sont pas réductibles l'une à l'autre. Le devoir essaiera de concilier la réflexion définitionnelle (ou eidétique) de la liberté et du libre arbitre et, au terme de la clarification sémantique, les intrications entre ces deux concepts qui s'articulent au sein d'une réflexion métaphysique sur la condition de l'homme.

II - Deux façons d'aborder le sujet, parmi de nombreuses manières de faire. La première consistera à clarifier sémantiquement, eidétiquement et idéologiquement les notions de liberté et de libre arbitre. La clarification faisant l'objet d'une première partie, elle mènera nécessairement aux intrications entre éthique et métaphysique dans une seconde partie, bornées en cela par les choix effectués en amont par le devoir qui a restreint le champ de ses applications dans la première partie. La seconde façon d'aborder le sujet est sans doute la plus schématique, caricaturale et en cela, nuançable : elle consiste à prendre le point de vue des « absolutistes » du libre arbitre (négateurs de toute liberté : les déterministes les plus farouches) lesquels en tirent des leçons pour l'organisation gnoséologique (Aristote), historique (Hegel) et politique des structures du monde (Marx). Les déterministes s'opposent en cela aux partisans les plus radicaux de la liberté qui reprend le flambeau de la formule sartrienne, « l'existence précède l'essence », dans les trois catégories précitées. L'organisation de la connaissance, l'organisation scientifique, est désormais qualifiée d' « indéterministe » (Popper) ; l'histoire est faite par les individus à échelle de la liberté qui est la leur sans possibilité autre que de l'embrasser pleinement (Camus) et la politique devient l'arène de la liberté absolue du Moi comme éthique suprême de l'inconditionné et de l'indéterminable (Stirner).

Aristote, Physique (v. 350 avant J.-C.)
Hegel, G.W.F.
Leçons sur la philosophie de l'histoire (1830)
Marx, Karl. Le Capital (1867)
Popper, Karl. L'Univers irrésolu. Plaidoyer pour l'indéterminisme (1984)
Camus, Albert. L'Etranger (1942)
Stirner, Max.
L'Unique et sa propriété (1844)


Sujet 4 - Existe-t-il vraiment une liberté sans contrainte ?

I - Sujet extrêmement classique. Selon la doxa, la liberté ne serait pas bornée : il s'agirait là de la véritable liberté, une liberté totale. Pourtant, le droit n'a cessé de rappeler que les droits ne pouvaient aller sans les devoirs ; que la liberté ne pouvait aller sans l'égalité ; que la liberté individuelle ne pouvait légitimement empiéter sur des libertés publiques. L'articulation d'un tel sujet s'appuie sur le petit mot « vraiment » qui marque la suspicion, la défiance, et appelle surtout à la méfiance vis-à-vis d'un sujet qui peut sembler au premier abord aisé à examiner, mais qui relève en vérité d'un authentique jonglage entre liberté publique et liberté individuelle, droits et devoirs et limites de la contrainte et limites de la liberté. Assez insolemment, le sujet permet d'aborder des penseurs plus atypiques, comme Stirner en politique ou Michelstaedter en éthique.

II - Le premier temps du devoir se structure principalement autour de la définition de la notion de « liberté » et de « contrainte ». Ces deux définitions permettent par la suite de comprendre les interactions et les jeux de balancier entre ces enjeux notionnels qu'il convient d'analyser et d'interroger : la liberté comme conformité à la loi de l'impératif catégorique, c'est-à-dire la liberté comme morale (Kant) ; la liberté comme persistance dans son être, comme acceptation et continuation du déterminisme essentiel (Schopenhauer) et la liberté comme donnée unilatéralement et sans possibilité de la rejeter (Sartre). Les questionnements peuvent aboutir, dans une seconde partie, à interroger les limites de ce raisonnement somme toute très évident dès lors que l'on creuse un peu le sujet : il pourrait exister, selon une tradition anarchiste, une liberté absolue en matière politique (Stirner) ou en matière éthique (Michelstaedter), de même que dans les réflexions de la causalité phénoménologique et scientifique (Popper).

Kant, Emmanuel. Critique de la raison pure (1781)
Schopenhauer, Arthur.
Le Monde comme volonté et comme représentation (1819)
Sartre, Jean-Paul. L'Existentialisme est un humanisme (1946)
Stirner, Max. L'Unique et sa propriété (1844)
Michelstaedter, Carlo. La Persuasion et la rhétorique (1913)
Popper, Karl. L'Univers irrésolu. Plaidoyer pour l'indéterminisme (1984)


Sujet 5 - Liberté politique et politique de liberté

I - Le type de « sujet liant » qui utilise la conjonction de coordination « et » nécessite toujours de penser les convergences et les divergences, les articulations et les différenciations entre les deux notions ou « blocs notionnels » principaux. Ici, d'une part : « liberté politique » ; au milieu, « et » ; d'autre part : « politique de liberté ». L'inversion du terme tantôt propositionnel, tantôt postpositionnel, n'est pas anodin et change radicalement le sens des intitulés. Il faut donc prendre garde à ce type de formulation qui semble induire une fausse interchangeabilité entre les deux parties d'un même sujet. « Liberté politique » n'est pas équivalant à « politique de liberté » : il peut exister, dans une société politique quelconque, une liberté politique sans que ltat désigné ne conduise nécessairement une politique de liberté (ex. : le droit de vote, liberté politique, existe en Corée du Nord dont le régime récuse l'idée fondamentale de liberté publique : ce faisant, le régime, par sa négation de toute politique de liberté, supprime toute possibilité de portée effective de la liberté politique de vote en ne lui permettant que de s'exprimer et non de s'imprimer sur les réformes de l'État. Or une liberté politique dans un État récusant toute politique de liberté demeure-t-elle réellement une liberté ?).

II - Le premier temps du devoir pourrait se concentrer sur l'éclaircissement des blocs notionnels : liberté politique (Cicéron) et politique de liberté (Montesquieu, Marx). Dans la même partie, examiner toujours les intrications et les manières dont les deux blocs se délient, s'affrontent, se confrontent ou sont, le cas échéant, complémentaires. Le devoir peut évidemment choisir une proposition et s'y tenir : si l'on considère que les deux notions sont fondamentalement complémentaires et que l'une ne peut aller sans l'autre, alors telle direction sera envisagée ; sinon, le cheminement intellectuel exemplifiera les divergences existentielles entre liberté publique et politique de liberté, voire leur autonomie conceptuelle. Dans ce cas-ci, il est sans doute préférable d'opter pour leur nécessaire complémentarité : il ne pourrait exister de liberté publique véritable sans politique de liberté au fondement du contrat social (Kant), mais, de même, il ne peut exister de politique de liberté à l'échelle d'une société politique sans compréhension de la notion de liberté publique de la part de l'État (Rousseau) et des citoyens (La Boétie).

Cicéron. De Republica (v. 44 avant J.-C.)
Montesquieu. De l'esprit des lois (1748)
Marx, Karl & Engels, Friedrich.
Le Manifeste du Parti communiste (1848)
Kant, Emmanuel. Qu'est-ce que les Lumières ? (1784)
Rousseau, Jean-Jacques. Du contrat social (1762)
La Boétie (de), Étienne.
Discours sur la servitude volontaire (1574)


Sujet 6 - La liberté est-elle toujours publique ?

I - Difficile à première vue d'admettre que la liberté ne puisse pas être « par essence » publique. Certes, l'on admet que des libertés individuelles puissent exister, mais peuvent-elles être réductibles au seul Moi ? Que vaut la liberté de pensée si elle n'est pas corrélée à la liberté d'expression ? Sur ce type de sujet, il faut admettre le présupposé suivant : la liberté pourrait ou ne pourrait pas être toujours publique. Le fait d'avoir choisi le terme « toujours » indique qu'elle pourrait être sporadiquement privée. Qu'entend-on par sphère publique et sphère privée quand est convoquée la notion de liberté ? À plusieurs échelles, la liberté peut faire l'objet d'une introspection autant qu'une expression. Les deux branches de cette liberté sont en vérité complémentaires et il s'agit de le démontrer : la liberté dans la sphère privée est complémentaire de la liberté dans la sphère publique, et vice-versa.

II - La liberté privée peut faire l'objet d'une introspection de nature éthique : le stoïcisme a exemplifié cette introspection en la matière (Marc-Aurèle) et la foi a servi de résistance à une « liberté » du domaine religieux institutionnel qui semblait écraser la liberté du for privé dans la relation privilégiée entre la créature et le Créateur, même si le premier reste radicalement soumis à la volonté du second (Luther). Le progrès scientifique et l'exploration des notions de conscient et d'inconscient ont amené à considérer un déterminisme psychologique où la psyché humaine semblait davantage soumise à des pulsions inconscientes qu'au libre choix de la volonté individuelle (Freud). La jonction freudienne peut amener la seconde partie du devoir. Elle pose en effet les jalons d'une réflexion d'interpénétration de la liberté individuelle et du déterminisme psychologique et les marges de manœuvre qui peuvent exister entre elles. Pour les penseurs de la modernité, la liberté du point de vue éthique a pu s'étendre à l'Autre et à son visage (Levinas) au fondement de la redécouverte de la condition humaine. Cette liberté, conditionnée à l'impératif catégorique en société (Kant) peut également s'exprimer dans le domaine du politique et de la vie de la cité qui contractualisent la notion de liberté et lui confèrent une expression juridico-sociale (Rousseau).

Marc-Aurèle. Pensées pour moi-même (180)
Luther. Du serf arbitre (1525)
Freud, Sigmund. L'Interprétation du rêve (1900)
Levinas, Emmanuel. Difficile liberté (1963)
Kant, Emmanuel. Critique de la raison pure (1781)
Rousseau, Jean-Jacques. Du contrat social (1762)


Sujet 7 - La liberté peut-elle être une méthode ?

I - Ce qui doit frapper dans la formulation d'un tel sujet, c'est le verbe « pouvoir » aussi bien que le terme choisi « méthode ». Le verbe « pouvoir » renvoie autant à une permission éthique (ex. : puis-je faire cela ?) qu'à une possibilité productrice d'effets (ex. : peut-on penser la liberté ?). Dans ce type de sujet, il faut aborder les deux « bouts » de la corde interprétative. La majeure « liberté » doit être conjuguée avec la mineure « méthode » via les deux interprétations du verbe « pouvoir » dans la triade suivante : liberté-pouvoir-méthode. Quant à la notion de méthode, elle permet directement de se faire une idée sur la portée épistémologique ou phénoménologique du sujet. Autrement dit : la notion de liberté produit-elle des effets de nature méthodologique ? ou encore : est-il permis de penser que la liberté serait aussi une bonne conduite du « faire », une « orthodoxie » (de orthos : droit et doxa : opinion, en grec : « l'opinion droite ») de la « praxis » (ou action en grec).

II - Le premier temps du devoir peut légitimement s'appesantir sur les implications de la notion de « pouvoir » et de « liberté » : le pouvoir comme possibilité et comme permission (attention : et non comme puissance politique, par exemple !). La liberté est en cela extrêmement liée à ces notions : il ne faut toutefois pas perdre d'objectif votre reformulation du sujet qui doit coller au sujet initial. La première partie interroge évidemment les premiers liens qu'il peut exister entre « une liberté de pensée » et une « méthode de pensée » dans les domaines « préscientifiques » de la connaissance ou périphériques : la genèse biologique de la classification et de la taxinomie (Aristote), la théologie (Duns Scot) et la poétique (Todorov). Assez rapidement, le second temps du devoir sera dévolu au questionnement épistémologique (Descartes), phénoménologique (Merleau-Ponty) et directement scientifique (Bentham), où les implications de la méthode dans la liberté du chercheur (et vice-versa) sont évidemment primordiales.

Aristote. Histoire des animaux (v. 343 avant J.-C.)
Duns Scot. De primo principio (v. 1280)
Todorov, Tzetan. Poétique de la prose (1971)
Descartes, René. Discours de la méthode (1637)
Merleau-Ponty, Maurice.
Phénoménologie de laperception (1945)
Bentham, Jeremy. Déontologie ou science de la morale (1834)


Sujet 8 - Liberté ou sécurité ?

I - Sujet classique, les thèmes de la liberté et de la sécurité sont souvent corrélés dans le discours politique et dans la parole doxique. Mais la formulation du sujet doit toutefois interpeller : liberté « ou » sécurité n'est pas liberté « et » sécurité. Dans la formulation en « ou », l'exclusion formelle doit être respectée. Il s'agit de la liberté ou de la sécurité, de la liberté seule ou de la sécurité seule. Il ne peut y avoir de liaison entre les deux termes. Autrement dit, il va falloir faire un choix… ou remettre ce choix en question tout au long du devoir. Bien sûr, le thème de « liberté » doit être pensé sur des plans transversaux, mais surtout dans une dimension sociale, économique ou politique. Le thème de la « sécurité » est explicitement bien moins exploité dans la tradition philosophique. La discursivité autour du thème de la « liberté » a souvent écrasé, voire apporté du mépris pour la notion de sécurité, qui est pourtant fondamentale dans l'action humaine et dans la vie de la cité.

II - Un type de sujet articulé en « ou » permet d'apprécier aisément deux cadres de réflexion. Le premier temps du devoir peut être consacré à l'exploration eidétique (ou définitionnelle) des termes de « liberté » et de « sécurité ». Qu'est-ce que la liberté ? (Platon) Qu'est-ce que la sécurité ? (Hegel) Pourquoi les deux termes sont historiquement répertoriés comme antagonistes ? (Spinoza), Mais le second temps du devoir doit être consacré à une « réconciliation » formelle des deux termes et surtout, à leur complémentarité effective. Peut-on vraiment être libre si l'on n'est pas en pleine sécurité ? Pareillement, à quoi sert d'être en sécurité si ce n'est pour jouir de ses droits et exercer des libertés qui nous sont propres ? Cette réflexion emporte un questionnement d'ordre sociopolitique (Hobbes), dans la contemporanéité politique face à l'expérience d'un totalitarisme (Levinas) ou dans son articulation avec le Zeitgeist (ou « esprit du temps ») post-Seconde Guerre mondiale (Arendt).

Platon, Gorgias (v. 370 avant J.-C.)
Hegel, G.W.F.
Principes de la philosophie du droit (1820)
Spinoza, Baruch.
Traité théologico-politique (1670)
Hobbes, Thomas. Léviathan (1651)
Levinas, Emmanuel. Difficile liberté (1963)
Arendt, Hannah.
Condition de l'homme moderne (1958)


Sujet 9 - Esthétique de la liberté

I - La tournure du sujet implique de bien faire attention : qu'est-ce que la majeure ? Qu'est-ce que la mineure ? La majeure est l'objet principal de la réflexion du devoir. La mineure est le concept sur lequel s'articule la proposition majeure pour se déployer. Ici, la majeure, contrairement à ce qui frappe tout d'abord aux yeux, c'est la « liberté » : « attribut » de la majeure, « esthétique » de la liberté. L'esthétique, c'est la mineure, l'attribut. Autrement dit, la réflexion doit s'axer sur le mode esthétique de la liberté, et non sur le mode « libre » ou « libertaire » de l'esthétique ! Pour bien garder cela en tête, le devoir peut s'articuler de manière schématique sur des questions sans cesse reformulées : que signifie penser la liberté sur un mode esthétique ? Qu'est-ce que l'esthétique en tant qu'attribut de la liberté ? C'est en tout cas un sujet vaste, mais restreint dans son domaine d'articulation : la liberté en tant qu'esthétique (ou ais thesis, « science du sensible » en grec). Une vie éthique peut, par exemple, être une esthétique de l'existence et de la condition humaine.

II - La notion d'une « esthétique de la liberté » peut s'entendre en deux temps, ce qui correspond aux deux articulations du devoir. Le premier temps se réfère à l'esthétique au sens classique du terme, c'est-à-dire à l'intelligence de la beauté, notamment en matière d'art. La littérature a longtemps durant, mené une réflexion entre liberté de création (poienin) et expression sensible (Todorov). Le jugement du goût et la théorie esthétique ont fait l'objet de discours de recherche philosophique (Kant) ou appliquée, comme dans la querelle (Nietzsche). Le second temps du devoir prend racine dans l'exemplification éthique, notamment dans la vie du dandy iconoclaste dont la vie se sauve par l'esthétique libérée (Cioran), dans la distribution des parts de pouvoir sociopolitiques (Rancière) et dans l'action politique concrète (Rancière).

Cioran, Emil. La Tentation d'exister (1956)
Rancière, Jacques. Le Partage du sensible. Esthétique et politique (2000)
Rancière, Jacques. Mallarmé. La politique de la sirène (1996)
Todorov, Tzetan. Poétique de la prose (1971)
Kant, Emmanuel. Critique de la faculté de juger (1790)
Nietzsche, Friedrich. Nietzsche contre Wagner (1888)


Sujet 10 - La liberté religieuse

I - Thème classique par excellence, il est nécessaire de s'interroger sur l'intrication entre pensée religieuse (et donc par essence dogmatique) et liberté. Comment les religions peuvent-elles concilier l'expression dogmatique et l'expression de la liberté des fidèles ? Les notions d'hérétique, d'orthodoxie ou de vérité divine ne sont-elles pas, par essence, contraires à la recherche constante qu'implique la disposition à la liberté ? Le devoir peut s'y appesantir de mille et une façons.

II - En premier lieu, il convient de questionner la doctrine théologique autour de l'évolution scolastique sur la question de la liberté dans le champ religieux. Elle recouvre les notions de rétribution et de rachat du péché afin de jouir pleinement de la liberté confiée par Dieu à l'homme (St. Augustin), mais aussi celle de l'émancipation progressive de la conception purement dogmatique pour une réflexion sur le sens de la liberté dans l'empire du religieux (St. Thomas d'Aquin). Le protestantisme change la donne en conférant à la liberté une dimension prépondérante qu'étouffait la doctrine catholique préalable, même si elle reste strictement encadrée par les limites finales que Dieu lui attribue (Luther). La seconde étape du devoir consiste à montrer que la liberté, loin d'être uniquement pensée au sein du système religieux, s'est exprimée en dehors, voire contre ce dernier. C'est le cas par exemple des Lumières (Kant), dont la tolérance est le principal argument dans une fin d'émancipation politique (Voltaire). La contemporanéité politique a notamment pu l'associer au conditionnement et à un instrument d'asservissement des populations (Marx).

St. Augustin, La Cité de Dieu (426)
St. Thomas d'Aquin. Somme théologique (1273)
Luther, Martin. Du serf arbitre (1525)
Kant, Emmanuel. Qu'est-ce que les Lumières ? (1784)
Voltaire. Lettres philosophiques (1734)
Marx, Karl. Critique de la philosophie du droit de Hegel (1844)