Comment faire le commentaire d'un texte en Philosophie ?

Exercice souvent préféré à la dissertation par les étudiants, le commentaire de texte jouit d'une image de fausse simplicité. En effet, l'étudiant moyen ne manque pas de tomber dans le piège suivant : commenter serait plus aisé que disserter sur un sujet de philosophie, rassuré qu'il est par la présence d'un support textuel.

Le commentaire d'un texte en Philosophie

Credit Photo : Pexels Ron Lach

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Un bon commentaire de texte fait cependant écho, outre à un perfectionnement répondant à d'incontournables heures de pratique, à une rigueur méthodologique certaine. Étape par étape, il est essentiel de se conformer à un modèle attendu par le correcteur ou l'examinateur. Parce qu'éprouvé, ce modèle a su faire ses preuves ; il est conforme aux attentes institutionnelles qui ont vu plancher des milliers et des milliers d'étudiants.

L'introduction, la première et la dernière des préoccupations
Le développement, le corps du commentaire
La conclusion, faire mouche en la soignant


L'introduction, la première et la dernière des préoccupations

Comme la dissertation, le devoir se doit de commencer par une introduction. L'introduction est le fruit d'un long travail de réflexion de la part de l'étudiant : c'est en fait l'étape cruciale de la mise en perspective du support à commenter et de sa propre compréhension.

L'accroche : harponner le correcteur

L'accroche est le premier pas vers le grand large qu'est le commentaire de texte. Elle doit poser des éléments de connaissance a minima sur l'école de pensée ou la doctrine dans laquelle s'inscrit l'auteur du texte à commenter (par exemple, la philosophie analytique et logicienne pour Bertrand Russell ou le matérialisme radical pour Helvétius) et à défaut, trouver une façon d'avoir une prise sur le texte. Le contexte peut évoquer une première piste, de même que l'histoire de la pensée faisant écho à tel ou tel concept mobilisé par l'auteur. Une citation exploitable face au texte peut également être envisagée.

La thèse de l'auteur : choisir son terrain d'attaque

La saisie de la thèse du texte est importante parce qu'elle conduit logiquement à l'aboutissement recherché : la formulation d'une problématique. Elle permet au correcteur de mesurer l'amplitude avec laquelle l'étudiant a réussi à saisir toute la portée du texte. L'examinateur ne cherchera d'ailleurs pas à déterminer l'exactitude de la portée, mais bien plutôt la réappropriation, par rapport à la compréhension autonome de l'étudiant, des implications que le texte revêt. La saisie des enjeux est aussi une étape de sélection : elle permet d'écarter volontairement et de prendre en compte seulement certains aspects du texte, de façon à les exploiter au mieux.

La problématique : la pleine réappropriation du texte

Problématiser un texte en philosophie est souvent complexe, parce que l'effort suppose une totale appropriation des enjeux sous-tendus par le texte. Ce n'est pourtant pas tout à fait vrai. Volontairement, suivant la sélection des enjeux, la problématique peut être exclusive : il convient cependant de le mentionner, afin de clarifier la situation en amont et de ne pas laisser le correcteur perplexe. Réduire le champ d'investigation du commentaire ne signifie cependant pas le minimiser : la spécialisation offerte par la problématique n'exclut pas toute la profondeur de l'analyse des sujets explorés par le texte et qu'il faut retrouver par la suite. La problématique peut se formuler selon deux méthodes : la méthode interrogative, par une question directe, ou la méthode « au fil », par une succession d'interrogations qui viennent, en entonnoir, éclairer le correcteur sur le chemin.

Le plan : l'armature « osseuse » du commentaire

Les trois premières étapes de la problématique doivent logiquement aboutir à la formulation d'un plan. Ce plan, qui peut être binaire ou tertiaire - au secondaire, le plan tertiaire est toutefois préféré pour les raisons développées par la suite - doit explicitement mentionner les parties retenues et les détailler un minimum. La formulation de « parties » est d'ailleurs déconseillée par la plupart des correcteurs, qui lui préfèrent les notions de « temps » : dans un premier temps, dans un deuxième temps…, ce qui prouve une dynamique de la pensée sur le texte. Les temps du devoir ne doivent cependant pas, de manière exhaustive et détaillée, mentionner les sous-parties, mais bien plutôt « l'esprit général » de chaque temps du devoir.

Le développement, le corps du commentaire

Les erreurs à ne pas commettre

Le développement est, comme son nom l'indique, un « développement » du plan proposé en fin d'introduction. Il convient donc de respecter strictement l'armature définie au préalable et de ne pas s'écarter des plates-bandes que l'on s'est soi-même fixées. De plus, il ne doit pas s'écarter du texte dont il prétend être un commentaire : l'exercice, s'il tombe dans l'écueil de la dissertation, est un exercice raté. Les connaissances de l'étudiant ne sont certes, pas superflues, mais doivent être sélectives et être mises uniquement au service du texte. À tout moment de même, le développement doit être logique : il doit se dérouler de façon dynamique et les étapes du développement doivent elles-mêmes se répondre, les prémisses devant logiquement comprendre, en leur sein, les implications et les déductions dont on prétend par la suite faire l'exposé. Enfin, le développement ne doit pas suivre une structure prémâchée du type « thèse » et « antithèse » qui ne convient pas à l'exercice de commentaire de texte de philosophie (pas davantage à l'exercice de dissertation en la matière). Au contraire, le plan doit être une articulation constante sur les parties définies du texte à commenter et doit être dans une dialectique permanente avec le support visé.

Les recommandations de forme et de fond pour bien avancer

À toute étape du développement, il est bon de poser des questions, même textuellement : « qu'est-ce qu'implique, dès lors… », ce qui permet au correcteur de distinguer plus clairement le raisonnement de l'étudiant… tout en étant convaincu qu'il se pose de bonnes questions. L'étudiant doit, de même, constamment garder en tête qu'il exploite un document et que par-là, il convient donc de pousser le texte dans ses retranchements, dans ses implications, en détaillant (même étymologiquement parlant) les concepts mobilisés par l'auteur. Car le commentaire est aussi un exercice de critique : la critique est constructive et permet d'apprécier au mieux la démarche de l'auteur. Ce n'est pas pour rien que le plus célèbre des philosophes modernes, Kant, avait à ce point argumenté en faveur d'une philosophie « critique »…

La conclusion, faire mouche en la soignant

Souvent bâclée par les étudiants par manque de temps, il convient cependant de soigner la conclusion et, pourquoi pas, au préalable, au brouillon. Histoire de ne pas perdre de temps, la conclusion peut également être produite au brouillon immédiatement après l'introduction. Elle témoigne ainsi du « répondant » qu'elle offre face à une introduction qui a posé les premiers éléments de la réflexion de l'étudiant sur le texte à commenter. Elle se conclut généralement sur une ouverture qui doit avoir un lien direct avec le texte : un extrait du Prince de Machiavel peut, par exemple, ouvrir sur la référence à Bentham et sa Déontologie ou à l'impératif catégorique kantien. Mais il convient avant tout de se souvenir du fait que la conclusion n'est pas un exercice superficiel en philosophie et qu'elle est bien, à ce titre, une partie comme une autre du devoir qu'il est essentiel de soigner et de prendre en compte.

 

Pour aller plus loin : Baptiste Mélès, professeur à l'École normale supérieure (ENS), propose une « Méthode universitaire du commentaire de texte » ; mais aussi celle de l'Académie de Grenoble.


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