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La bipolarisation et l'émergence du tiers-monde

Profondément marqué par les horreurs des deux guerres mondiales, le monde n'en demeure pas moins sous tension. Dès 1947, année de mise en place de la doctrine Truman qui vise à contrer l'expansion soviétique en Europe, les discordes internationales grandissent. Le monde se divise alors en deux blocs, celui de l'Est guidé par l'URSS et celui de l'Ouest guidé par les États-Unis. Ils sont matérialisés par la séparation de l'Allemagne en une République fédérale d'Allemagne (RFA) et une République démocratique allemande (RDA), avant d'être cristallisés par un rideau de fer tout à fait palpable, le mur de Berlin.

La bipolarisation et l'émergence du tiers-monde

Credit Photo : Unsplash Zach Plank

Entre affrontements indirects et jeux complexes d'alliance se dessinent également des aspirations à la liberté et, peu à peu, de jeunes États essayent d'exprimer leur indépendance face aux deux camps. Comment se met en place cette nouvelle donne géopolitique ? Quel rôle les deux superpuissances jouent-elles dans l'apparition du Tiers-monde ? Quels sont les nouveaux acteurs à intervenir sur la scène internationale ?

 

I.    Des dynamiques bipolaires…

Tout d'abord, la Guerre froide est caractérisée par une bipolarisation du monde qui voit combattre deux blocs. Chacun d'eux est bâti autour d'un grand vainqueur de 1945, d'une idéologie, d'un système politique, d'une organisation économique et de réseaux d'alliance. Aux États-Unis s'oppose l'Union soviétique, à la doctrine Truman, la doctrine Jdanov, à la démocratie libérale le communisme, au capitalisme la mise en commun des moyens de production, et enfin, à l'OTAN (1949) le pacte de Varsovie (1955). Plus qu'une simple idéologie, ce sont deux modèles de société antinomiques qui s'opposent et qui impactent les populations dans leur quotidien. Ces dernières font d'ailleurs preuve à plusieurs reprises de résistance, ou en tout cas, de remise en cause de ces modèles. Il s'agit par exemple de l'insurrection de Budapest en Hongrie (1956), de Mai 68 en France ou du Printemps de Prague, en Tchécoslovaquie la même année.

Si l'affrontement est avant tout indirect et multiforme, c'est dans le domaine militaire qu'il prend toute son importance à travers, notamment, une course à l'armement. Chaque bloc cherche à obtenir un arsenal militaire de plus en plus puissant (sous-marins, missiles longue portée, missiles intercontinentaux, bombardiers, etc.). L'émulation technologique plonge également les deux camps dans une course à la Lune, une véritable guerre des étoiles. L'Union soviétique envoie le premier satellite puis le premier homme dans l'espace, avant que les États-Unis fondent la NASA et fassent le premier pas sur la Lune (1969). Mais surtout, l'utilisation en 1949 de la bombe A par les Soviétiques installe la question du nucléaire au coeur de cette compétition, c'est « l'équilibre de la terreur ». La prolifération atomique faisant courir le risque d'une guerre nucléaire et d'une destruction mutuelle (cf. crise de Cuba en 1962), ils s'affrontent aux périphéries.

Cette lutte indirecte se déploie aux quatre coins du globe par pions interposés. Les Soviétiques appuient ainsi le coup d'État communiste qui a lieu en Tchécoslovaquie en 1948. Appliquant la politique du containment, les Américains s'impliquent en Corée de 1950 à 1953. Cette guerre confronte un Nord communiste, allié à la Chine de Mao, à un Sud protégé par une coalition internationale sous mandat de l'ONU, présidée par Washington. Puis, à nouveau, communistes et anticommunistes se combattent au Vietnam à partir de 1963. D'une certaine manière, l'Asie devient l'enjeu de la Guerre froide. Le Moyen-Orient n'est pas en reste et participe aux logiques de Guerre froide. La Turquie rejoint l'OTAN en 1952, tandis que Nasser prend le pouvoir en Égypte la même année avec le soutien de l'URSS. Israël, au coeur des conflits régionaux depuis sa création (1948), voit les Soviétiques prendre parti pour les Arabes palestiniens alors que les Américains soutiennent l'État hébreu.

 

II.    … Qui côtoient des velléités d'indépendance et de puissance

Loin de se réduire à l'opposition de deux blocs, la Guerre froide voit la logique bipolaire assez vite troublée par l'apparition de nouvelles nations indépendantes. En effet, à partir de 1945 les anciennes puissances coloniales sont considérablement affaiblies après avoir perdu tout prestige. Par exemple, le Japon annule définitivement toutes les colonies qui occupaient les territoires qu'il a conquis lors de la guerre. En outre, l'URSS et les États-Unis refusent le principe de colonisation, le contexte international est donc favorable. Avec l'espoir de futurs débouchés économiques et l'aval de l'ONU, ils soutiennent donc les mouvements indépendantistes qui se multiplient d'abord en Asie et au Moyen-Orient, avant d'atteindre l'Afrique. C'est ainsi que naît dès 1942 le mouvement Quit India, fondé par Gandhi. Certaines décolonisations sont pacifiques, à l'image des colonies asiatiques de la Grande-Bretagne : Inde et Pakistan (1947), Birmanie et Ceylan (1948), Malaisie (1957). D'autres donnent lieu à des conflits, telle la très sanglante guerre d'Algérie (1954-1962). Au total, vingt-neuf pays voient le jour.

Prenant conscience d'intérêts communs, ces jeunes nations se concertent et s'organisent pour définir leur place sur la scène mondiale. L'Indonésie accueille en 1955 la conférence de Bandung, lors de laquelle les États affirment se détacher de l'influence des deux superpuissances. Ils proclament le principe de non-ingérence, condamnent l'impérialisme, se rallient aux Droits de l'homme. C'est la naissance du tiers-monde, expression imaginée par Alfred Sauvy en 1952. De nouveaux leaders politiques se présentent : Nasser qui a nationalisé le canal de Suez (1956) et qui encourage le panarabisme ; Soekarno en Indonésie ; Mao Zedong en Chine qui rompt avec l'Union soviétique au début des années 1960 ; Nehru en Inde. Cette dynamique d'affranchissement prend un nouveau tournant en 1961, à Belgrade, lorsqu'est décrété le non-alignement, c'est-à-dire le refus d'adhérer aux modèles proposés par les deux blocs. Les pays du tiers-monde font alors de l'ONU leur tribune. La Conférence des Nations unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) se tient pour la première fois en 1964 et réunit cette fois-ci soixante-quinze pays. Elle cherche à consolider cette troisième voie, qui est celle du développement et de la coopération.

Parmi ces nouvelles nations, certaines se dégagent plus que d'autres, et la Chine se présente rapidement comme un acteur international incontournable. Bien qu'établie sur un régime totalitaire qui s'appuie sur le monopartisme et le culte de la personnalité, elle dispose d'une puissance et d'une influence croissantes depuis la prise de pouvoir de Mao Zedong en 1949. Malgré les échecs internes (Grand Bond en Avant, Révolution culturelle), elle s'affirme comme une référence de poids dans l'univers communiste et parvient à se libérer du joug soviétique. Elle se dote de l'arme nucléaire en 1964, entre au conseil de sécurité de l'ONU en 1971, avant de recevoir la visite du Président Nixon l'année suivante à Pékin. Dans le même temps, une autre région du monde concentre les regards. Le Moyen-Orient se trouve être une zone stratégique pour le monde, tant sur le plan politique, économique ou culturel. Berceau des monothéismes, réserve conséquente d'hydrocarbures et jonction essentielle entre l'Europe et l'Asie, il voit surtout les guerres israélo-arabes se multiplier (guerre des Six Jours en 1967, Guerre du Kippour en 1973).

 

Pour conclure, les dynamiques de bipolarisation et de décolonisation qui caractérisent le monde après 1945 s'entrechoquent et se nourrissent réciproquement. Elles métamorphosent le paysage géopolitique international en opérant une véritable redistribution des cartes. Les anciennes puissances coloniales européennes sont peu à peu reléguées au second plan face à l'Asie et au Moyen-Orient qui deviennent le nouveau coeur des relations internationales. Toutefois, ce tiers-monde qui émerge n'est pas exempt de tribulations, et tout reste encore à faire, car il demeure difficile pour ces jeunes nations de se détacher de l'influence et de l'aide des grandes puissances.


Exemples de sujets de dissertation sur la bipolarisation et l'émergence du tiers-monde

 

  • Comment la bipolarisation issue de la Guerre froide interfère-t-elle avec la décolonisation et conduit-elle à l'émergence de nouveaux acteurs internationaux ?
  •  En quoi la Guerre froide est-elle un conflit de puissance conduisant à la bipolarisation du monde ?
  •  Montrez en quoi l'Allemagne peut être symbole de la Guerre froide.
  •  Comment s'affrontent les deux blocs lors de la Guerre froide ?
  • Au-delà de la course à l'armement, comment s'affrontent les deux blocs ?
  •  Le soutien apporté par les deux grands aux pays du tiers-monde ne serait-il pas avant tout pour des raisons idéologiques et stratégiques ?
  •  Quels facteurs favorisent les mouvements de décolonisation ?
  •  Comment se met en place et se caractérise la nouvelle donne géopolitique au cours de la Guerre froide ?
  •  Quelle place pour la Chine dans la Guerre froide ?
  •  Quelle est l'importance du Moyen-Orient dans la Guerre froide ?
  •  Comment se met en place un nouvel ordre mondial sous l'égide de l'ONU à l'issue de la Guerre froide ?
  •  En quoi la crise de Cuba est-elle caractéristique de la Guerre froide ?
  •  Quelle place pour le nucléaire dans la Guerre froide ?
  •  Pourquoi peut-on dire que la crise de Suez est une victoire diplomatique pour les pays du tiers-monde ?